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Mémoire de gestionnaire

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Contexte

Depuis 2004, l’ARRA² collecte et conserve sous forme d’archives les offres (emplois, stages, alternances, services civiques, etc.) qu’elle publie ou qui émane de ses adhérents, et qu’elle diffuse via son site web. Au fil du temps, s’y sont ajoutées les offres publiées par les structures membres des Réseaux Rivières permettant ainsi la constitution d’archives d’offres diverses et réparties sur une large partie de la France métropolitaine.

Ces offres représentent un matériel d’étude particulièrement fourni que l’ARRA² a souhaité mettre en valeur afin de mieux appréhender les évolutions des métiers de gestionnaires de milieux aquatiques et leurs thématiques.

Dans la continuité des référentiels emplois – salaires et des études métiers réalisés auprès des professionnels de la gestion de l’eau, la présente étude se base donc sur des offres d’emplois, reflet des besoins des structures en termes de recrutement. Ce travail, co-encadré par l’ARRA² et le laboratoire Environnement Ville Société (UMR 5600) a été mené par Corentin Le Roux dans le cadre de son stage de M2 Aménagement et urbanisme, de mars à septembre 2020.

De la transposition de la Directive Cadre Européenne dans le droit français en 2004 à la mise en place effective de la GEMAPI (2019), ce sont plus de 3000 offres qui ont été collectées. L’objectif étant de caractériser l’évolution des métiers de gestionnaires de milieux aquatiques, un travail de tri préalable à l’analyse a été nécessaire afin de constituer le corpus.

Méthodologie

Le corpus vise à être représentatif des métiers de la gestion de l’eau et seules les offres d’emploi ont été retenues. Les stages, alternances, services civiques, etc. portant sur une durée et des missions spécifiques n’ont donc pas été considérés.

Les autres clefs de tri ont été de ne retenir que les offres concernant des postes en France et dont le contenu était suffisant pour être exploité. Une fois ce tri effectué, deux méthodes d’analyse ont été utilisées : l’analyse quantitative et l’analyse lexicométrique.

L’analyse quantitative

Grâce aux variables « géographiques » (localisation du poste) ; « temporelle » (date de publication) et « acteurs » (nom et type de la structure recruteuse), il a été possible de quantifier certaines informations et d’avoir ainsi un premier regard d’ensemble sur la répartition des offres.

L’analyse lexicométrique

A la suite de l’analyse quantitative, nous avons eu recours à un logiciel de textométrie, TXM qui permet de mettre en lumière le contenu même des offres et ses évolutions temporelles.

Pour ce faire, les offres ont été structurées de manière identique et organisées en sous-parties : Contexte ; Missions ; Profil du candidat ; Conditions ; Candidature. Une fois importé sur TXM, le corpus est alors sécable en fonction de ces variables et l’on peut travailler sur des éléments en particulier grâce aux outils du logiciel (cooccurrences, indice de spécificité).

Résultats

Analyse quantitative

Analyse quantitative carteAnalyse quantitative offre



 

La carte de répartition des offres en fonction du bassin hydrographique fait ressortir plusieurs éléments. Tout d’abord, sur les 2242 offres que compte le corpus, plus de la moitié (55%) ont été publiées par des structures situées sur le bassin hydrographique Rhône Méditerranée Corse. C’est le territoire d’origine de l’ARRA² ainsi que d’autres membres des Réseaux Rivières (Réseau Régional de Gestionnaires de Milieux Aquatiques PACA ; Association Rivière Languedoc Roussillon ; Rés’O). Vient ensuite le bassin Loire-Bretagne qui est le plus étendu et sur lequel se trouvent le Réseau des Techniciens Médiateurs de Rivières ; l’Association des Techniciens de Bassin Versants Bretons ainsi que l’ARRA².

Sur les bassins Seine-Normandie (265 offres) et Adour-Garonne (183 offres) sont également présents des membres des Réseaux Rivières : la CATER Calvados-Orne-Manche ; l’ASYBA ; le Réseau des TMR et le Rés’O en Seine-Normandie, et l’Association Demain 2 Berges et le Réseau des TMR en Adour-Garonne.

Enfin, les bassins Artois-Picardie et Rhin-Meuse sont peu représentés dans l’étude. Il n’existe pas de structures membres des Réseaux Rivières sur ces bassins qui font de plus partie de districts internationaux. Les gestionnaires sur ces bassins sont en fait plus tournés vers les pays de leur district respectif (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, Allemagne, etc.).

La répartition géographique des offres montre ici toute l’importance de la structuration en réseau des gestionnaires de milieux aquatiques qui peuvent ainsi rendre leurs offres plus largement visibles.

Sur le second graphique, le rythme de publication des offres est similaire pour tous les territoires. Les facteurs qui influencent les publications ne sont pas propres à chaque bassin mais les concernent tous. Les deux éléments les plus notables sont la forte baisse entre 2013 et 2015 suivie d’une reprise des publications encore plus forte entre 2016 et 2019.

Analyse lexicométrique

Analyse lexicometique

Des grandes thématiques de gestion ont été identifiées en amont puis leurs occurrences recherchées dans les sous-parties des offres « Contexte » et « Missions ». Ainsi, leur présence au fil du temps évolue, certaines prennent de l’importance alors que d’autres deviennent moins centrales. C’est le cas de l’assainissement, thématique la plus représentée jusqu’en 2012. Cela correspond à une période où les Agences de l’eau orientaient principalement leurs financements sur cette thématique. De plus, le contrôle des réseaux d’assainissement est à effectuer obligatoirement tous les 10 ans et le dernier en date remonte à 2012. Afin de respecter cette échéance, des embauches étaient alors nécessaires.

Ce graphique montre que les thématiques incontournables sont aujourd’hui la « restauration » et les « inondations ». En effectuant des calculs de cooccurrence (termes les plus fréquemment utilisés ensemble), il est apparu que la thématique « restauration » était vaste et concernait l’ensemble du milieu : berges, ripisylve, lit, etc. d’où sa présence si importante.

A l’inverse, la thématique « eau potable » est peu représentée. En fait, les principaux acteurs qui s’en chargent ne sont pas membres des Réseaux Rivières et ont d’autres voies de publication de leurs offres d’emploi.

Pour approfondir la compréhension de l’évolution des thématiques de gestion, de plus amples analyses ont été effectuées dont les résultats sont accessibles dans le document PDF accessible ci-dessous.

2016-2019 : Période post « Acte III » de décentralisation et mise en place de la GEMAPI

Les réformes territoriales instaurées de 2013 à 2015 ont créé une période d’incertitude lors de laquelle le nombre d’offres publiées a très fortement baissé. Cette baisse s’observe sur tout le territoire et concerne tous les types de structures.

A la suite de ces réformes, les dernières années de l’étude (2016-2019) ont vu le nombre d’offres augmenter à nouveau et ce de manière très prononcée. Sur cette période, 60% des offres concernant la GEMAPI ont été publiées par des EPCI « Eau » (syndicats, EPTB, EPAGE) et 28% par des EPCI à fiscalité propre dont la GEMAPI est la compétence obligatoire.

En analysant le contenu même des offres grâce à l’analyse lexicométrique, il est possible de distinguer trois phases dans la mise en place de la GEMAPI.

2016-2017 : Les EPCI « Eau » sont à l’initiative de la réflexion sur la GEMAPI. Il s’agit à ce moment de déterminer qui va s’en charger via un dialogue entre les acteurs concernés.

2017-2018 : C’est la phase de mise en place effective de la GEMAPI. Apparaissent de nouveaux services et postes spécialement dédiés. C’est la période lors de laquelle le nombre d’offres publiées augmente le plus fortement.

2018-2019 : La répartition des rôles est clarifiée et les missions de la compétence GEMAPI commencent à être mises en place. Il y a désormais une coopération « renouvelée » entre les acteurs de l’eau ainsi qu’un maintien des EPCI « Eau » qui récupèrent tout ou partie de la compétence. Les EPCI à fiscalité propre qui se chargent eux-mêmes de la GEMAPI travaillent avec les EPCI « Eau » qui ont fait valoir leur expérience et leur connaissance du territoire et de ses problématiques pour se maintenir.

Les rythmes de mise en place de la GEMAPI diffèrent selon les territoires et ces trois phases ne sont pas fixes et identiques pour tous. L’étude sur la structuration de la GEMAPI en région Auvergne-Rhône-Alpes réalisée par l’ARRA² en 2019 montre bien ces disparités. De plus, l’analyse des offres d’emplois permet de saisir les objectifs des acteurs au moment du recrutement mais la complexité de la mise en place effective de la GEMAPI, la « réalité de terrain » n’apparaît pas.

De ces dernières années, plusieurs éléments peuvent être retenus. Il y a eu dans certains cas des disparitions de syndicats mais ce qui s’observe dans le corpus est plutôt un processus de fusion de syndicats et de création d’établissements plus importants (EPTB, EPAGE).

Le changement d’échelle de gestion interroge aussi avec un passage d’une échelle hydrographique cohérente, celle du bassin, à une échelle administrative, celle de l’intercommunalité, avant un retour à l’échelle hydrographique. Ces changements successifs ont mis un frein aux activités des gestionnaires de milieux aquatiques.

Toutefois, malgré ce fort ralentissement pendant plusieurs années, cette étude permet de montrer que la gestion des milieux aquatiques est aujourd’hui un secteur très dynamique dont les métiers évoluent rapidement et où les besoins en matière de recrutement sont importants.

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